"Le Compagnonnage, son histoire et ses mystères"
de J. Connay
extraits et morceaux choisis
"La Maçonnerie n'est autre chose, dans sa source comme dans ses emblèmes, que l'association des ouvriers maçons ou
bâtisseurs, complète en ses trois grades : l'Apprenti, le Compagnon et le Maître ; et l'origine réelle de la Maçonnerie, c'est le Compagnonnage."
Charles Nodier
Il faut noter, que du temps des bâtisseurs de cathédrales, et même à l'époque romane, ceux qu'on appelait les Maçons étaient
ceux qu'on appelle aujourd'hui les Tailleurs de Pierre.
Partout où se fixèrent ces corporations, pour s'attirer la bienveillance des autorités locales, elles admirent dans leur sein
des hommes influents qu'elles initièrent à leurs mystères. Lorsque ceux-ci furent nombreux, ils se détachèrent petit à petit des constructeurs et finirent par créer des loges pour travailler
uniquement au but philosophique de l'oeuvre. C'est ainsi, selon toutes les probabilités, qu'est née la Franc-Maçonnerie moderne.
Voici donc, la légende commune aux deux associations, dans laquelle elles puisent leurs symboles :
..."Salomon, roi de Judée, voulant construire un temple grandiose à la gloire du Dieu Unique, choisit une main-d'oeuvre
nombreuse partout Israël, et demanda au roi de Tyr (ville de Phénicie), Hiram 1er, de lui envoyer des ouvriers capables de mener à bien ces travaux.....
Hiram 1er répondit :
Je t'envoie un homme expert et habile, sachant travailler en or, en argent, en airain, en fer, en pierre, en bois, en
écarlate, en pourpre, en fin lin et en cramoisi. Nous couperons les bois du Liban autant qu'il t'en faudra et nous les mettrons par radeaux sur la mer de Japho, et tu les feras monter jusqu'à
Jérusalem.
L'homme expert et habile se nommait, dit-on Hiram ; d'aucuns affirment qu'il était le frère du roi de Tyr, d'autres le
disent son cousin.
C'est alors que Salomon réunit tous les ouvriers et leur donna des règles à suivre qui constituèrent le
devoir.
Adoniram était l'intendant tout puissant de Salomon.
Les Maçons d'Hiram taillaient la pierre et bâtissaient le temple ; Les charpentiers de Giblos apprêtèrent le bois et le
Compagnon Tubalcaïn forgeait et travaillait le fer et l'airain.
Tant de travailleurs dans Jérusalem causaient de sérieux embarras à Salomon et à Hiram.
Pour le paiement des ouvriers, surtout, Adoniram rencontrait des difficultés et de la confusion.
Dans le but d'éviter ces désagréments, Salomon étant sur le Mont Moria, en promenade, fit à Hiram la proposition de
donner à chaque Compagnon un lieu de rendez-vous et un mot de passe qui servirait à le faire payer selon son mérite. En outre, lorsqu'un ouvrier était devenu un bon artisan, on le signalait à
Hiram, qui le faisait venir en son conseil, voyait, après sérieux interrogatoire, ses capacités et, en l'encourageant à continuer, lui faisait promesse d'une récompense.
Chaque changement de salaire provoquait donc un changement de grade. Le Compagnon était alors rencontré par un Maître ou
un Compagnon Initié qui le conduisait dans les souterrains du Temple. Là, au milieu des Compagnons, il lui donnait l'initiation nouvelle et le mot de passe et reconnaissance.
Pour les Apprentis, c'était la colonne J.: B.: (Jakim, Booz) ; pour les Compagnons, la colonne M.: B.: (Mac, Benac) ; et
pour les Maîtres, la colonne J.: A.: (Jehovah, Auxilia).
D'autres mots avaient été adoptés par les initiés, tels que : Sabaoth, Salomon, Schibolet, etc...etc...
Cette distinction au moyen des grades et initiations amena la jalousie parmi les Compagnons. Les uns et les autres
prétendaient être lésés dans leurs droits, et ne pas gagner ce qui leur était dû.
Trois d'entre eux ayant jugé qu'ils devaient avoir le secret des Maîtres afin d'en toucher le salaire, se concertèrent et
décidèrent d'en arracher l'aveu au grand Maître Hiram, soit par la douceur, soit par la violence.
Ils s'appelaient Holem (ou Hoben), Sterkin (ou Skelem) et Hoterfut.
Ils guettèrent donc la sortie du temple, leur journée étant finie.
Il faisait déjà nuit. Armé d'un maillet, Holem s'embusqua à la porte du
Midi ; Sterkin, une règle à la main, attendait à la porte de l'Occident, et Hoterfut se cacha près de la porte Orientale
muni d'une pince......
....Hiram sortit, comme à son habitude, par la porte de l'Occident. Sterkin, lui barant le passage et le menaçant de sa
règle, lui demanda le mot de passe des Maîtres pour s'en servir à la paye. Hiram, en reculant s'écria :
"J'ai gagné le secret par mon talent et ma sagesse ; travaillez et persévérez, et soyez assuré de l'obtenir quand vous le
mériterez."
Sterkin frappa alors Hiram à la tête avec sa règle. Voyant venir le coup, hiram réussit à le parer. La règle ne fait
qu'effleurer son épaule. Epouvanté, Le Grand Maître se sauva alors à la porte du Midi; mais là, Holem lui fait la même demande et, sur son refus, lui assène un coup de maillet. Cette fois Hiram
est mieux touché et s'enfuit vers la porte de l'Orient. Par malheur, le Compagnon Hoterfut y était caché, Hiram, aveuglé par son sang qui coulait d'une plaie à sa tête, ne l'aperçut pas. Il ne
l'entendit pas non plus lui poser la question sur le secret des Maîtres, et comme il ne répondit pas, Hoterfut lui asséna un coup de pince sur la tête et finit de le tuer.
Les deux autres compagnons qui s'étaient lancés à la poursuite d'Hiram, arrivèrent pour prêter main forte à Hoterfut.
Tous trois saisirent le cadavre du Grand Maître, l'emportèrent dans un endroit retiré derrière le Temple et le dissimulèrent sous les décombres.
Ensuite, ils creusèrent trois fosses : une pour le corps, une autre pour les habits et la troisième pour la canne, car
Hiram portait toujours un jonc marin comme symbole de sa puissance......Les traces dans la terre fraîchement remuée furent effacées avec une branche d'acacia.
........Plus tard, lorsque les autres compagnons découvrirent le corps d'Hiram, l'un d'eux poussa un cri strident. Il
leva au ciel ses bras, près de la tête, les mains ouvertes (ce fut le signal de détresse).
Les autres accoururent et se mirent en devoir de déblayer la fosse. Pour cela, chacun se servait de sa canne en
l'enfonçant inclinée dans la terre....."
On comprend bien, à travers ce texte, la signification de nombres de symboles ou de pratiques rituelles et symboliques, tant
chez les Compagnons du Devoir de Liberté, disciples de Salomon que chez les Francs-Maçons.
Il existe plusieurs autres légendes, plus spécifiques au Compagnonnage, selon que l'on est disciple de Maître Jacques ou du
Père Soubise, selon qu'on est Gavot, chien, ou bon-drille et qui expliquent les rivalité entre les sociétés, mais c'est un autre sujet.
Derniers Commentaires