On a déjà vu souvent des gens qui se font justice :
Un petit commerçant sortir un fusil de chasse parce-qu'il est
cambriolé pour la N ème fois.
Un bistrotier sort promptement un flingue parce-qu'un petit loubard
en veut à sa caisse.
On a même vu des gens tirer, dans le noir, sur leur propre enfant,
parce-qu'ils étaient sûrs que c'étaient des cambrioleurs,
et, quand après avoir abattu l'agresseur, ils allument la lumière.....
C'est effectivement terrible de se faire cambrioler,
piquer sa caisse ou sa marchandise, mais est-ce que ça vaut la vie
d'un être humain ?
Je me suis, moi-même, fait sortir d'une allée forestière,
non clôturée, non signalée comme étant interdite.
Je me promenais sans l'accord du propriétaire, près de Listrac,
dans le Médoc, uniquement parce que je voulais admirer des arbres
de rhododendrons en fleurs :
-"Qu'est-ce que vous faites là, c'est privé ! Sortez !"
-"Bonjour Madame, je ne fais que passer, je regarde les rhododendrons."
-"Qui vous a permis de venir voir mes rhododendrons ?"
C'était une femme, très agressive, mais sans arme.
Si ça avait été son mari, avec un fusil de chasse, si j'avais ramassé
des champignons.... peut-être que je ne serai plus là pour
écrire ces lignes.
-"On ne fait rien de mal, on ne fait qu'admirer."
-"C'est chez moi, ce sont mes rhododendrons, est-ce que ça
vous plairait que je vienne dans votre jardin admirer votre rosier ?"
J'avais les mains dans les poches, je savais qu'il y avait là des arbres
en fleurs, sur plus de 100 m, de part et d'autre de cette allée forestière .
Je voulais juste les regarder et les montrer à la personne
qui m'accompagnait et qui n'avait jamais vu ça.
Nous sommes repartis, dépités, en nous excusant.
Je sais, d'ailleurs, des gens aux-quels on a crevé les roues des
voitures parce qu'ils cherchaient des cèpes et des girolles où
ils n'auraient pas dû.
Un homme en a tué un autre, récemment, parce-que le visiteur indicat
lui volait des truffes !
Des ostréiculteurs feraient la même chose s'ils tombaient sur
ceux qui leur volent des huîtres.
Je comprends que des gens qui vivent de ce travail n'accèptent pas
d'être spoliés ou dépouillés, pillés du fruit de leur labeur.
Je sais seulement, qu'à leur place, je serai très en colère et que
je ne l'accepterai pas, mais, je ne crois pas que je puisse tuer
pour un panier de champignons ou une bourriche d'huîtres.
Ce sont des faits divers.
On ne peut pas accepter qu'on tue qui que soit, sinon, on aura
tous une bonne raison de tuer n'importe qui, pour n'importe quoi.
Ça me choque, ça m'attriste, je suis effaré qu'on puisse tuer pour ça,
être sûr de son bon droit, mais ce ne sont que des faits divers.
Ce qui me navre le plus, ce qui selon moi est extrêmement grave,
c'est qu'on puisse soutenir le meurtrier.
Que d'autres hommes, sous prétexte d'appui corporatiste,
se sentent solidaires d'un malade à la gâchette facile,
qu'ils organisent des pétitions, des manifestations de soutien,
qu'ils puissent lui donner raison, là.... ça me dépasse.
Quel est le prix de la vie ?
Un homme coûte combien de kilos de truffes ?
D'huîtres ? de cèpes ?
On ne peut pas mettre un gendarme derrière chaque arbre truffier,
alors, que le propriétaire tire, tue et ses confrères le soutiendront
pour que la justice ne lui demande pas de compte, parce-que :
-"Y en a ras le bol ! Moi, j'aurai fait pareil ! c'est normal !"
Joyeux Noël, avec des huîtres et du foie gras truffé.
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